Archives mensuelles : février 2012

LE SONDAGE DU MERCREDI

LES 150 ANS DU CAFE DE LA PAIX

Quel gâteau… pour quel anniversaire !

Comme un livre ouvert sur 150 ans d’histoire et d’anecdotes savoureuses !

Imaginez un écrin de chocolat, marqué du sceau des 150 ans, et à l’intérieur « une symphonie crémeuse et légère, aux délicates notes de pamplemousse, litchi, fruits rouges et gingembre confit».

On ose à peine, et pourtant l’envie est irrésistible, entendre craquer sous la fourchette à gâteau, cette reliure chocolatée et laisser nos papilles s’émerveiller de ces accords subtilement fruités.

L’événement méritait bien cette création exceptionnelle de Dominique Costa, chef pâtissier du Café de la Paix. Un siècle et demi résumé en quelques bouchées, c’est le défi relevé par ce dessert baptisé fort joliment : « Au fil du temps ».

Car cet établissement, que dire, cette institution est un témoin et un acteur privilégié de l’histoire de Paris.

Ouvert dès 1862, sous le Second Empire, le Grand Hôtel de la Paix va précéder de quelques années l’Opéra Garnier son futur voisin, mais arbore déjà le luxe et l’exubérance du fameux style Napoléon III. Si bien, qu’il sera inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 1975. Rénové en 2003, il offre aujourd’hui un havre de « paix », au décor éblouissant, en plein cœur du Paris trépidant.

Ce régal pour les yeux et le palais, dégusté sous les hauts plafonds décorés et les lambris dorés, dans une atmosphère élégante et remplie d’histoire, mérite bien les 16 € annoncés sur la carte.

Café de la Paix. Place de l’Opéra. 75009

LES ÉTOILES

Le palmarès est tombé ce matin, je vous conseille d’aller le découvrir chez Philippe ici, je ne vais pas bêtement recopier son billet.

Je suis ravie pour Cobéa, mon gros coup de coeur de l’année et vous invite à relire l’article ici et à y réserver une table très vite. Le menu déjeuner est à 38 € !

Ravie pour Cyril Lignac qui décroche ENFIN sa première étoile. Les critiques ont arrêté de le bouder, il était temps !

Je suis très déçue pour le Youpala à Saint-Brieuc qui perd sa seule étoile…

Et je suis très surprise que Septime n’en ai pas décroché une.

A lire aussi l’excellent article de François-Régis Gaudry qui décortique très bien ce palmarès 2012, c’est ici.

Philippe Bélissent et Jérôme Cobou, Cobéa

LES GRANDES MARCHES

Attention aux marches… !

D’abord pour descendre vers la terrasse en plein air, légèrement en contrebas du trottoir de la place de la Bastille.

On pénètre par l’espace bar confortable, tables espacées, fauteuils en cuir, luminaires en cuivre vintage. Au fond, un endroit cosy avec canapés profonds qui encadrent une fausse cheminée. Idéal pour déguster notre apéritif, en contemplant à travers l’immense verrière qui nous surplombe, le Génie doré, dressé sur une jambe, tout là haut, sur la colonne d’où il semble régler l’intense circulation incessante qui tourne et tourne et nous donne le tournis.

On se dirige vers la salle de restaurant intérieure où sont aménagés des box propices à une dégustation gourmande en toute intimité. Une grande fresque sur le mur rappelle le décor passé de la place où l’ancienne gare de la Bastille fut gommée sur plan par les architectes, en 1984, pour laisser place à l’immense vaisseau de l’Opéra.

On se régale d’un très réussi foie gras maison, accompagné de vrais toasts grillés à point. Le saumon fumé, servi sur blinis, est charnu, savoureux et mœlleux.

Suivent d’excellentes bavettes d’aloyau, avec chutney d’oignons. Les frites sont bien calibrées, pas grasses et croustillantes. Rassasiés, on renoncera aux desserts.

Voilà comment passer un agréable déjeuner, aux petits soins d’une équipe pro et souriante.

Dans ce magnifique décor, l’escalier tournant nous intrigue et nous attire. La rumeur susurre qu’à l’étage, l’exceptionnel « Moumoute Bar » nous accueillera volontiers pour l’happy hour. On pourra y siroter un cocktail, effondré dans un décor de fourrure. Car ici, tout est à poils du sol au plafond : bar, tabourets, coussins, fauteuils et lustres. On s’arrêtera à ce qu’on nous a dit…

L’immense bar en véritable zinc nous fait un clin d’œil métallisé pour nous indiquer un autre escalier qui descend, celui-ci, vers les « lieux ». Que de marches pour atteindre enfin cet endroit tout de zinc également où l’eau ruisselle sur les parois depuis le plafond.

En remontant, attention à ne pas louper une marche, à cause du Génie déjà illuminé, qui surgit à nouveau à travers la verrière, dans le dernier tournant.

Les Grandes Marches. 6 place de la Bastille. 75012.  Tél : 01 43 42 90 32. Ouvert tous les jours. Métro : Bastille. 

L’AVANT-COMPTOIR

Hier midi une grande envie me prend de manger une galette mais pas forcément à table. Où donc aller ? Les crêpiers pullulent dans mon quartier mais ce qu’ils servent est immonde. Ce sera l’Avant-Comptoir, la crêperie/bar à hors-d’oeuvre de M’sieur Camdeborde dans le 6eme, juste à côté de son “vrai” restaurant le Comptoir. Un petit tour en scooter et on y est.

Partout sur les murs sont affichés ses fameux hors-d’oeuvre que l’on déguste sur le pouce, comme ça, accoudés au bar. Boudin noir béarnais, andouillette béarnaise (Yves Camdeborde est né là-bas), saucisse aux herbes crème au raifort, oeuf mollet duxelle de champignons, riz au lait, pomme au four à la cannelle… Tous ces tapas à 5 € environ sont tentants mais nous ne venons pas pour ça.

Nous on veut une galette. De sarrasin. C’est dehors que ça se passe, à la vente à emporter. Le maître crêpier passe à l’action. La pâte semble belle, elle se brunit et s’alvéole tout de suite sur le bilig. Oeuf, fromage, jambon, “deux complètes s’il vous plaît !” Dommage, l’oeuf est brouillé mais impossible de le servir miroir dans une galette à emporter.

4,50 € pour une délicieuse galette complète richement garnie que nous allons déguster au soleil, assis sur le scooter. Voilà le chef qui arrive, je le charrie en disant qu’une crêpe de sarrasin s’appelle une galette, mais bon sa grand-mère (de qui il tient la recette de la pâte) est du Morbihan, et là-bas ils les appellent les crêpes, bon… ok ça passe… On papote Bretagne, balades, cidre, kig ha farz (le pot au feu breton) et il se sauve.

La galette est bonne mais manque d’assaisonnement tout de même. La palme revient donc toujours à la la crêperie Josselin ! Et puis il faudrait corriger cette petite coquille sur la devanture, “hors-d’oeuvre” c’est invariable, oups.

L’Avant-Comptoir. 3 Carrefour de l’Odéon. 75006.

LE SONDAGE DU MERCREDI

LA POLICE DU GOÛT # 3

Voici le pire cheesecake de Paris.

Le crust sent le moisi (si si !), l’appareil est compact, voire dur, granuleux, sec et l’ensemble n’a aucun goût. C’est de la pâte, bourrée d’additifs, de conservateurs etc. Une belle performance de l’agro-alimentaire. Clap clap.

Et on trouve ce petit bijou de gâteau chez Still Good, rue de Rennes. Il paraît qu’ils font aussi des bagels. L’enseigne se cachait avant dans la galerie commerciale sous la tour Montparnasse, on aurait aimé qu’elle y reste.

(si vous voulez un bon bagel dans le coin, foncez ici, ils comptent parmi les meilleurs de la Capitale, mais n’enchaînez pas sur le cheesecake, pas top non plus.)

Un test des meilleurs cheesecakes de Paris est en cours mais pour l’instant un seul vaut le coup que j’en parle, sur les 6 testés :-(

… A suivre donc.

RAS LA TOQUE DU POIVRE TOUT GRIS

Déjà que le ciel est tout gris dehors, voilà une bonne raison pour mettre un peu de couleur dans nos petits plats. Un peu de couleur… et de saveur grâce au poivre qui sait parfumer si judicieusement nos préparations.

Mais attention pas n’importe quel poivre !

Car les variétés, on devrait plutôt dire les « crus »  sont nombreux.

Laissons certains « se décarcasser » pour nous remplir des petits pots avec des mélanges de poudres  grisâtres qui viennent d’on ne sait où, stockés pendant des semaines dans les entrepôts d’Hambourg ou d’ailleurs. Car le poivre gris n’existe pas en tant que tel ! C’est un mélange déjà moulu de poivre blanc et noir aux origines incertaines. Il pique mais ne parfume pas : on le boycottera donc.

Tournons-nous plutôt vers des spécialistes, de vrais amoureux de cette épice qui a fait le tour du monde pour nous séduire.

De plus en plus fort le poivre a même son Académie ! (1)

On y apprend à ne pas confondre les vrais poivres d’avec les « faux poivres ».

Pour les puristes, le seul, l’unique, le vrai poivre est une baie d’une liane exotique de la famille des pipéracées, originaire d’Asie. Le plus répandu est le piper negrum.

De ces baies, on tirera le poivre noir, blanc, vert ou rouge, selon les méthodes de cueillette et de séchage.

Il y a aussi le poivre long d’Himalaya, le premier qui arriva en Europe. On le redécouvre actuellement, après l’avoir perdu de vue dans nos cuisines.

Et les « faux poivres »… qu’est-ce donc ?  Et bien, leurs  baies proviennent d’autres espèces d’arbres. Citons le « poivre rose » de la Réunion, le poivre de Sichuan ou le poivre de Cayenne issu d’un piment.

Pour choisir quel poivre se mariera le mieux avec quel plat, un CADEAU : téléchargez gratuitement le Guide du Poivre sur le site Goût et Nature : http://www.goutetnature.com/dhtml/home.php?id=739

Petitgrognon 

(1) http://www.academiedespoivres.com/

 

BRUNCH A L’ARROSOIR : GROSSE DECEPTION

L’Arrosoir, je l’ai testé au mois de septembre, sans vraiment savoir quoi en penser ni en dire. Le problème est que j’en garde un très bon souvenir puisque nous étions une grande tablée de copains, donc le moment était fort sympathique, mais si je me souviens bien, je ne me suis pas régalée, pas du tout même…

Nous sommes sous les arcades de Daumesnil, c’est beau dehors, c’est beau dedans. De vieux objets (sauf ce magnifique casque de scooter rose !) ont été chinés et s’exposent sur les étagères. Des coins salons, des banquettes, des tables très espacées. On y est bien certes, c’est chaleureux, confortable. Oui mais… ben c’est pas bon.

Le brunch commence par des tartines/beurre/confitures, rien à reprocher si ce n’est le manque d’originalité. Le cookie est sec, grossier et le chocolat n’a pas de goût…

L’assiette, certes copieuse, me déçoit en tous points. Les pommes de terre sautées ne sont certainement pas du jour et sont servies froides, les oeufs brouillés sont gorgés d’eau, le fromage suinte et la salade est cuite. Le saumon  fumé ne parvient pas à sauver le reste.

Le dessert n’a rien de gourmand… La crêpe est élastique, et je ne suis pas au régime, le muësli/fromage blanc 0% ne m’intéresse pas.

Tous les dimanches, un magicien passe de table en table présenter ses tours de close up. Ultra bluffant, mais cela ne nous fait pas oublier notre déception. A fuir donc…

L’Arrosoir. 75 avenue Daumesnil. 75012. Ouvert tous les jours. Métro Gare de Lyon. Brunch : 21 €.

LE SONDAGE DU MERCREDI

MACRAW #1

Ouvert en septembre 2011, Macraw est un micro-restaurant qui régale à toute heure les adeptes de la raw food. Sous ses allures de delicatessen new-yorkais, Macraw et son jeune chef Jérémie Rosenbois (ancien du “Cru” et disciple d’Alain Ducasse), dévoilent une cuisine brute, sauvage et délicate à déguster sur place près de la cuisine ouverte ou en take away.

La carte est renouvelée à chaque changement de saison, réinventée selon les envies et l’inspiration du chef. Les crudivores, végétariens et les soucieux de leur ligne seront comblés, pendant que les plus gourmands finiront leur repas avec un cheesecake ou carrot cake maison.

Je suis allée découvrir les talents du chef lors d’un apéritif dinatoire au cours duquel j’ai dégusté un ceviche de mulet, un tataki de saumon, un boeuf yogi, (des huîtres Gillardeau)… Le tout parfaitement exécuté.

Les grignotages du chef m’ont convaincue, j’y retourne dès que possible pour un “vrai ” repas que je vous raconterai ici.

Vous n’êtes pas fan de “cru” ? Jérémie maîtrise les cuissons et propose plein de bonnes choses (cuites) !

A suivre…

Macraw. 31 boulevard du Montparnasse. 75006. Tél : 01 45 44 55 55. Site : www.macraw.fr. Service continu du lundi au samedi midi et soir. Métro Falguière, Montparnasse ou Duroc. Formule 14 € entrée plat ou plat dessert + boisson.

RAS LA TOQUE DE LA FAUSSE VRAIE VIANDE

Hmm, appétissante cette guimauve !

Sauf que ce n’est pas de la guimauve, mais une pâte de viande « raclée » sur les carcasses de volaille dans les abattoirs. Elle va servir à confectionner des saucisses et autres nuggets qui seront ensuite livrés en particulier dans les cantines et maisons de retraite.

Après tout, on veut bien mais qu’on ne l’appelle pas viande pour tromper ainsi le consommateur.

C’est sur ce point que le groupe d’agro-alimentaire Doux (si, si vous connaissez : le père Dodu, c’est eux !), vient de se faire épingler par le tribunal de Quimper.

Car de viande elle n’en mérite pas l’appellation, vu les traitements qu’elle a subis.

Accrochez-vous. Cette viande séparée mécaniquement (V.S.M.) est le «  produit obtenu par enlèvement de la viande sur les os couverts de chair ou les carcasses de volaille, à l’aide de moyens mécaniques entraînant la destruction ou la modification de la structure fibreuse des muscles » (1).

Mais comment fait-on ? Après broyage de la matière première, c’est à dire les carcasses et les os couverts de chair, cette mixture est soumise à forte pression (10 à 15 bars) dans des tambours perforés de petits trous de moins d’un millimètre. Os et cartilages, peau et nerfs, restent théoriquement dans le tambour et la pâte (photo ci-dessus) est récupérée à l’extérieur du tambour.

Résultat : les saucisses de volailles et autres mortadelles « pure » volaille du commerce peuvent  contenir, en toute légalité, 25 à 30 % de « VSM » !

Le tribunal va-t-il demander aux industriels de modifier leur étiquetage et leur dire : « Ne l’appelez plus jamais… viande  » !?

Petitgrognon

(1) Rapport de la Fédération des industries avicoles – 184, rue de Vaugirard – 75015 Paris

BANG, LES PARAILLADES

Mi-décembre, direction le canal Saint-Martin pour découvrir le nouveau restaurant du quai de Jemmapes, Bang. J’y allais surtout pour goûter leur brunch, que vous pouvez retrouver en photos ici. Je m’étais alors promis de revenir goûter leur carte et notamment leurs fameuses paraillades.

Exit les pierrades qui refroidissent trop vite, l’heure est maintenant aux paraillades (une plancha sur une pierre de lave qui reste chaude longtemps… longtemps !)

Après un délicieux foie gras maison, nous choisissons notre viande parmi 3 paraillades :

Boom Bang  17€  : Suprême de poulet (pays de la Loire), Magret de canard (Tarn), Filet mignon de porc (Aveyron)

Bang Bang 18€ : Boeuf d’Ecosse, Boeuf de l’Aubrac, Suprême de poulet (pays de la Loire), Magret de canard (Tarn)

Big Bang 19€  : Boeuf black Angus (Kansas), Boeuf d’Ecosse, Boeuf d’Argentine, Boeuf de l’Aubrac

Etant tous les 2 de grands amateurs de boeuf, c’est la dernière que nous retenons. Les différentes provenances dans la même assiette nous permettent de comparer. And the winner is… l’Aubrac. Cocoricooo ! Suivie de peu par l’Argentine. Même mon pavé de Black Angus (ci-dessus) ne détrône pas le boeuf français.

Toutes les viandes ont été sélectionnées par les meilleurs bouchers de Paris. Faut-il préciser qu’Hugo Desnoyers est dans le coup ? Non, pas la peine…

Ces frites !!! Ca y est, celles de la Place Royale ont été détrônées. Je peux maintenant affirmer – sans être péremptoire – :-D que les meilleures frites de Paris sont chez Bang. Monsieur Blend, faut faire pareil ! Croustillantes et moelleuses, absolument pas grasses. Coupées au couteau, elles ont toutes la même taille, c’est beau avant d’être bon. A peine besoin de les savourer avec les sauces maison : tartare, BBQ et chimichurri, pourtant fort bonnes.

François Di Giugno, le chef, ne se contente pas de proposer de succulentes viandes, il prépare aussi de bons desserts comme ce cheesecake que la crème fouettée rend aérien.

En salle, le service d’Imina Nial est chaleureux et attentif et c’est un bonheur de l’écouter parler de sa carte de vins naturels.

BANG. 112 quai de Jemmapes. 75010. Tél : 01 40 40 07 11. Ouvert tous les jours sauf dimanche soir. Formules déjeuner 14 € et 18 €, paraillades de 17 € à 20 €. Leur site ici. Métro Jacques Bonsergent, Château-Landon.

LE SONDAGE DU MERCREDI

L’AGAPÉ*

Le parti pris gastronomique de l’Agapé est depuis 2008 de mêler grande tradition française et innovation en inscrivant sa cuisine dans l’ère du temps. Bertrand Grébaut, en pleine success story au Septime maintenant, a fait les grandes heures de la maison et lui a même permis de décrocher une étoile.

C’est la cuisine du nouveau chef, Yohann Lemonnier, que nous sommes venus apprécier il y a deux semaines. Comme son prédécesseur, le chef a fait ses classes chez Passard, mais aussi chez Lucas Carton et Michel Rostang.

Le décor est contemporain et discret. L’installation lumineuse est signée Starck, la porcelaine Bernardaud. Astucieux et jolis, les ronds de serviette design sont signés Andrée Putman et se transforment en porte-couteaux, une fois la serviette sur les genoux, ou autour du cou, à sa guise…

1er amuse-bouche : le déjeuner commence mal avec du Champagne servi dans un verre à vin et des mini-gougères au fromage trop sèches. Ne restons pas là-dessus, vite, la suite !

2eme amuse-bouche : saumon d’Ecosse mi-cuit, mi-fumé et son velouté de cresson. Si la bouchée de saumon est parfaite, le velouté l’est moins. Bien trop amer, il dénature le poisson.

1ère entrée : le chef a gardé l’entrée-phare de Bertrand Grébaut soit la noix de veau fumée d’Hugo Desnoyer (LE boucher parisien). Fumée au bois de hêtre par la maison et servie en carpaccio, la noix est agrémentée de noisettes et de câpres, juste ce qu’il faut, pas besoin d’autre artifice. C’est beau, bien présenté et d’une grande finesse en bouche. Une entrée digne d’un restaurant étoilé, enfin on y est !

Nous dégustons un vin blanc à l’aveugle. Si la couleur très jaune me fait voyager du côté du Jura, la première gorgée me fait changer de cap. Nous sommes en Bourgogne. Gagné, mais où ? Je sèche. Au Domaine de Valette en Saône-et-Loire.

2eme entrée : ormeau sauvage et poireau ventrèche du pays basque. Le mollusque, réputé pour sa chair extrêmement ferme, a dû souffrir en cuisine. Il faut en effet battre les ormeaux avant de les consommer. Bien saisi, il est presque nacré à coeur, nous admirons la cuisson et apprécions le poireau servi dans son plus simple appareil.

1er plat : turbot rôti et espuma de yuzu. Notre poisson, caché sous des légumes de saison al dente, fond dans la bouche. Il est agréablement relevé par le cousin japonais du citron vert, le yuzu. Si les carottes et le chou quittent les fourneaux parfaitement cuits (“la Passard touch”), il n’en est rien pour la betterave qui demeure malheureusement crue. Nous oublions notre déconvenue en découvrant de petits choux de Bruxelles. Mon compagnon de table me prédit d’ailleurs le grand retour de ce légume dans les assiettes parisiennes. A suivre donc.

Grande découverte pour moi que ce Pouilly-Fumé Pierre Précieuse 2010 d’Alexandre Bain, adepte de la culture biologique et biodynamique.

2eme plat : cimier de chevreuil. (cimier = croupe de la bête). Beau défi que ce plat puisque je n’apprécie que moyennement le chevreuil. Mais c’est en faisant confiance à ce genre de maison que l’on peut changer d’avis. La cuisson est parfaite, les deux morceaux pas filandreux (idiot souvenir…) et l’accompagnement précis. Nous retrouvons la betterave, cette fois préparée en mousseline fumée, accompagnée de conchiglioni fermes mais fondants. Belle réalisation !

Fromages : pas de choix cornélien ici et c’est tant mieux. Il n’y a rien de plus frustrant qu’un plateau garni d’une trentaine de fromages, sachant que la bienséance nous autorise à n’en goûter que trois. Fourme d’Ambert et comté 4 ans d’affinage 2008, maison Anthony. Avec ? Un cépage chardonnay du Jura.

Le comté, que mon voisin juge trop vieux, se révèle presque granuleux en bouche. Voilà la première impression. Puis le palais le laisse s’exprimer et il prend ses aises. La fourme d’Ambert en paraît fadasse.

Dessert : soit le moment le plus “pénible” pour moi qui suis de moins en moins sucré (ça va un jour me poser problème). Ouf, c’est un Mont-Blanc, dessert qui doit faire partie des 4 ou 5 que j’apprécie avec gourmandise.

Un gros marron glacé attend d’être dévoré à côté des vermicelles de crème de marron (divine). Que ce méli-mélo couleur noisette est gourmand ! La meringue maison est aérienne mais pourquoi cette quenelle de glace arrive-t-elle déjà fondue ? Je pense que c’est voulu, certes, mais pourquoi ? Ce n’est guère appétissant, on pourrait croire à un départ tardif des cuisines.

Les grignotages qui accompagnent le café sont décevants, j’attendais du fait maison.

Merci à mon gentil mécène pour ce déjeuner carte blanche, plein de découvertes (le Pouilly, le chevreuil, le comté) malgré quelques fausses notes inattendues dans un restaurant étoilé. D’ailleurs, vont-ils la garder cette étoile ? Verdict dans un mois.

L’Agapé. 51 rue Jouffroy-d’Abbans. 75017. Tél : 01 42 27 20 18. Ouvert du lundi au vendredi. Leur site ici.  Menus de 35 € à 120 €. De la même maison : L’Agapé Bis et L’Agapé Substance.