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LE PORT DU SALUT

L’auberge du Port Salut, construite au XVIIIe siècle, est une institution parisienne, surtout connue pour son cabaret en sous-sol de 1955 à 1982. Gainsbourg y a chanté, ainsi que Barbara, Jean Ferrat, et Coluche s’y est produit.

L’établissement a souvent changé de propriétaires et on espère que cette fois-ci “c’est la bonne”. C’est trop dommage de ne pas faire revivre cet établissement historique.

Patrick Arranz vient de reprendre l’affaire. Son jeune fils de 24 ans est en cuisine. A la lecture de la carte on se dit que ça sent bon. Elle est courte, de saison, intelligente.

Le foie gras est parfait et cohabite bien avec la marmelade de pruneaux et le cannelloni de joue de boeuf, riche idée, est appétissant. Dommage, il arrive froid et la crème de truffes qui l’accompagne est inexistante en bouche.

Le magret de canard se voit accompagné de courgettes au miel. Il arrive entier et pré-découpé, pourquoi pas, mais attention à la cuisson ! On sait qu’un magret se déguste rosé mais pour une fois nous l’avions demandé à point et notre demande n’a pas été respectée.

La cuisson de la daurade est bonne, mais le riz sauvage est froid, dommage ! Il faut absolument chauffer les assiettes avant le dressage. La sauce coco, gingembre, ail est audacieuse mais manque de pep’s.

Les desserts sont convaincants. Nous goûtons le “Coluche” : biscuit aux pistaches torréfiées confit de cerises et le “Port du Salut”, une merveille de pâte sablée garnie d’une ganache au caramel à la fleur de sel. Ouf, nous finissons sur une bonne note.

Encore un petit effort en cuisine (cuissons respectées, assiettes servies chaudes), un peu plus d’attention en salle et le Port du Salut devrait revivre. Affaire à suivre.

Le Port du Salut. 163 bis rue Saint-Jacques. 75005. Tél : 01 46 33 63 21. RER B Luxembourg. Fermé dimanche. Menus 30 € et 35 €.

LA MARLOTTE

Il existe des restaurants où l’on se sent bien dès que l’on entre. C’est le cas à la Marlotte, véritable auberge bistrotière de la rue du Cherche-Midi. A quoi est-ce dû ? Au décor sûrement : chaleureux, élégant. Au personnel : attentif tout en nous laissant le temps de choisir les mets, venant apporter des conseils par petites touches lorsqu’une hésitation se fait sentir. Et enfin à la cuisine : simple, de saison, intelligemment travaillée.

A la Marlotte on peut manger du classique bistrot comme des poireaux vinaigrette, des harengs pomme à l’huile, on peut se servir comme à la maison dans le saladier de lentilles aux échalotes, mais on peut aussi découvrir les talents du chef (un ancien de la Bastide Odéon) à travers ce délicieux foie gras parfumé.

Le cornet de frites est une bonne idée, le magret de canard a cuit sur la peau, la graisse l’a bien imbibé.

Les cannelonis sont ultra-gourmands : farcis de parmesan, de morilles à la crème.

Puis le chef annonce à nouveau du classique bistrot pour le dessert avec une île flottante géante, une tarte Tatin maison aux pommes pleines de beurre et caramélisées.

On apprécie enfin les petites attentions au moment du café avec ces sablés maison, bien régressifs.

La Marlotte confirme que faire du “simple mais bon” est possible. C’est sans chichi. Service parfait. On a envie d’en faire notre cantine de quartier.

La Marlotte. 55 rue du Cherche-Midi. 75006. Tél : 01 45 48 86 79. Ouvert tous les jours. Menus 20,40 € et 26 €.

LE ZINC OPÉRA

Après le Zinc des Neiges et le Zinc Genevilliers, voici le dernier bistrot de Frédéric Vardon, chef étoilé du 39V, ouvert depuis peu dans le quartier de l’Opéra Garnier.

On est entre le bistrot chic et le boudoir, quelques tables hautes dans l’entrée, une tables d’hôtes et au fond de la salle, un espace plus grand pourvu d’une vingtaine de tables bien agencées.

Le printemps est là et les morilles qui vont avec. Sonia les déguste avec une crème à la ciboulette et deux oeufs mollet (dont un parfait, l’autre aurait mérité un peu moins de cuisson). L’ensemble est fondant et contraste avec la belle fermeté des morilles.

On célèbre encore le printemps, cette fois avec de belles asperges, proposées avec une sauce gribiche parfaite.

Sonia goûte ce qui semble être le plat phare de la maison : une volaille fermière accompagnée de morilles et d’un gratin de macaronis à la béchamel gourmande. Un plat que l’on a résolument envie de saucer.

Le tartare de thon est léger, fin, mais j’aurais aimé plus d’assaisonnement et une pointe d’acidité : citron vert ou citronnelle peu importe.

Les Zinc Gourmandises revisitent le café gourmand. La bouchée de brioche perdue dans son caramel est une bonne idée, la tranche entière est toujours trop lourde en dessert. Le moelleux au chocolat se déguste avec une Chantilly maison, aérienne. Gros coup de coeur pour les petits gâteaux aux pépites de chocolat fondantes : mi-sablé/mi-cookie.

Un bel établissement, servi par un personnel attentif, et une cuisine simple en accord avec les saisons, orchestrée par Franck Bérubé. Le menu printemps est en ce moment à 49 €.

Le Zinc Opéra. 8 rue de Hanovre. 75002. tél : 01 42 65 58 95. Fermé samedi midi et dimanche. Métro Opéra ou Quatre-Septembre. Site.

 

(c) première photo Janine Gebran

BAKKUS, LE BISTROT À VINS NOUVELLE GÉNÉRATION

Après la Bastide Odéon et la Marlotte (cette dernière existant toujours), Gilles Ajuelos se lance dans un bar à vins/bistrot gastronomique.

Dans la salle, que des tables hautes assorties à leurs tabourets. Sur le bar une Wismer attend de trancher finement du jambon italien et sur le mur de gauche se trouve une des rares caves automatiques de Paris. On passe devant les bouteilles comme on ferait du lèche-vitrine et quand le cru nous plaît, on se sert en présélectionant la quantité souhaitée.

Ce parti pris de tables hautes était osé mais il fonctionne plutôt bien. On se sent à l’aise d’emblée, comme dans un bar à tapas où l’on viendrait grignoter et boire un verre entre amis.

L’immense carte sur ardoises annonce 5 entrées, autant de plats et quelques suggestions pour le grignotage, l’apéritif, le goûter, comme on veut ! On est libre chez Gilles. Si on veut 2 entrées, on peut ! Si on veut se partager 2 assiettes de charcuterie et 2 plats, on peut !

La boutargue vient subtilement saler le risotto noirci à l’encre de seiche et les asperges blanches s’accompagnent de lard ventrèche et d’un oeuf cassé. De belles entrées en matière.

Le faux-filet normand a été sélectionné par Rouillon, associé de Desnoyer. Ses 5 semaines de maturation en font une viande excellente, une vraie viande de pâturage. Et d’ailleurs, quand mon ami confie au patron qu’il a retrouvé le goût de la viande de son enfance, Gilles sourit, c’est le plus beau compliment qu’on puisse lui faire. A noter le beau travail du chef Romain Gervasoni : le faux-filet (300 gr !) restera chaud jusqu’à la fin de la dégustation grâce à une cuisson bien saisie qui a l’avantage d’emprisonner la chaleur. Faux-filet qui sera d’ailleurs servi sans artifice pour ne pas dénaturer ce goût exquis.

De mon côté, je me régale d’un parmentier d’agneau fondant et très flatteur pour le palais avec ses petits oignons qui sont comme confits dedans. Bonne idée le montage à l’emporte-pièce avec une purée de patates douces.

La poire toute verte semble sortir tout droit d’un tableau. “Ceci n’est pas une poire” ;-) Pochée dans un sirop de menthe, elle revisite la poire Belle-Hélène, façon after-eight.

Et mon riz au lait est comme celui de mamie, ferme et longuement cuit, juste recouvert d’un délicieux caramel au beurre salé maison.

Il fallait un chef de talent pour s’accorder aux cépages de la cave, bravo à toute l’équipe pour leurs choix audacieux.

Bakkus. 97, rue du Cherche-Midi. 75006. Fermé le dimanche. Service : 12-23h. Métro Duroc. Tél. 01 42 22 19 18. Carte: 40-55 €

L’INSTANT D’OR

C’est dans l’ancien restaurant de Flora Mikula que Frédéric Duca a posé ses bagages dans un tout nouveau décor 100% blanc et zen avec un soupçon de manga.

On retrouve en cuisine ce jeune chef de 34 ans, qui a fait ses classes chez Passédat, Taillevent et Hélène Darroze avant de prendre son envol. Il s’est entouré d’une équipe de choc, raffinée, professionnelle, et travaille aux côtés du grand sommelier Marco Martinetti.

Tous les ingrédients de départ sont là : l’emplacement, la déco, l’accueil, l’équipe. La cuisine se démarque par son intelligence et la beauté de ses présentations. Les produits sont d’une très grande qualité et le chef n’hésite pas à flirter avec le haut de gamme en proposant truffe, homard et bar de ligne à sa clientèle.

Le saumon est présenté en tataki parfait, sa fermeté contraste avec une mousseline de chou-fleur exquise alors que le sorbet concombre vient rafraîchir le palais. Les asperges vertes, mi-veloutées, mi-rôties s’accompagnent de cuisses de grenouille au jus de boeuf. Le spectacle continue dans l’assiette avec de grosses ravioles d’artichaut qui semblent tenir debout comme par magie. La pomme de ris de veau est rôtie et fondante à l’intérieur, elle est discètement parfumée à la sauge ananas. L’association purée aux morilles sauce vin jaune fonctionne évidemment très bien.

La chef pâtissière d’origine japonaise dévoile en dessert une crème prise au citron très acide neutralisée en bouche par un sorbet au céléri plutôt osé.

C’est un instant en or que l’on passe dans la dernière perle gastronomique parisienne. Le chef réalise un sans faute du début à la fin du repas.

L’Instant d’Or. 36 avenue Georges-V. 75008. Tél :  01 47 23 46 78. Métro Georges-V. Fermé dimanche et lundi. Menus déjeuner 36 € et 42 €, menus découverte en 4 services 68 €, en 6 services 98 €.

LE BURGER DU 1 PLACE VENDÔME

Oui bon je sais… J’avais dit que j’arrêtais un peu les burgers mais la burgermania parisienne actuelle a eu raison de moi et j’ai craqué pour le burger du 1 Place  Vendôme. Et puis j’adore l’endroit, très féminin, très “couture” avec ce gris Dior partout.

Si le pain n’a pas un grand intérêt, la garniture du burger me plaît bien avec son coulis de tomate légèrement sucré et ce steak très épais cuit à la perfection. Enfin un steak qui n’a pas été écrasé sur le grill !

J’enlève le chapeau du burger et découvre une compotée d’oignons dont le jus commence à imprégner doucement la viande. L’ensemble est gourmand, le cheddar fond sous la tranche de lard grillée.

Les frites fines, longues, croustillantes sont parfaites et la salade donne bonne conscience.

Le chariot de desserts vient à moi au moment du café, je suis raisonnable et opte juste pour le macaron au chocolat à la ganache gourmande.

Ce burger s’en sort pas mal, sachant que ce n’est pas du tout la spécialité de la maison, mais je reste sur ma position et pense que ceux de Brice Morvent au Comptoir de Brice sont les meilleurs.

Maintenant j’arrête. Quoique le burger de Jean-François Piège chez Thoumieux me tente aussi. Bon, promis, après j’arrête…

1 Place Vendôme, 1 place Vendôme. 75001. Tél : 01 55 04 55 60. Ouvert tous les jours.

LE 39V

“Dernier salon avant les nuages” disait Emmanuel Rubin dans le Figaroscope. Je crois qu’on ne pourrait pas mieux décrire l’emplacement et le décor du 39V, le restaurant du chef étoilé Frédéric Vardon.

Le lieu est unique, au dernier étage d’un immeuble donnant sur l’avenue Georges V. Il semble presque en apesanteur.

Le restaurant s’articule tout autour de ce jardin suspendu, loin de l’agitation de la ville en contrebas. L’accueil, une première salle, puis la salle principale. On continue de tourner et on tombe sur une table d’hôtes donnant sur l’effervescence des cuisines devant lesquelles on peut passer pour rejoindre l’accueil, du jamais vu !

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Frédéric Vardon, ancien second d’Alain Chapel à Mionnay, cherche la vérité du produit, qu’il dévoile dans une cuisine raffinée à la technique parfaite.

En entrée je découvre un gros oeuf mollet dans son émulsion, morilles et royale de morilles au fond de l’assiette. Quand la cuillère disparaît dans cette assiette creuse, on ne sait pas ce qu’elle va piocher. Va-t-elle casser l’oeuf et le laisser exprimer son jaune ? Va-t-elle pêcher une morille ou recueillir un peu de la royale échouée au fond ? C’est une surprise à chaque bouchée et les saveurs sont exquises. Rien que pour les morilles j’adore le printemps (et pour les asperges aussi).

La lotte en face de moi repose dans une nage jaune, presque fluo. Elle est parfaite car tendre et pas trop salée.

Les filets de sole sont agréablement accompagnés : garniture à la florentine, pignons de pain torréfiés et champignons tournés (vieille technique culinaire, vestige de la cuisine classique, démo ici).

Et alors le dessert… Moi qui ne suis définitivement pas un bec sucré, c’est ce que j’ai préféré de mon déjeuner ! Le soufflé aux poires semble copieux mais chaque bouchée s’évanouit comme par magie pour ne laisser qu’un subtil goût de poire sur le palais. Je jalouse tout de même A. qui partage ma table et qui se régale d’un caramel au beurre salé maison entourant une crème à la vanille. Ce caramel est si dense, si parfait dans l’alliance sucrée/salée qu’on en recommande discrètement un deuxième petit pot, que l’on finira à la cuillère, puis au doigt :-D .

Et pour clore ce merveilleux déjeuner, un petit café sur la terrasse intérieure, au soleil. La sensation d’être caché du reste du monde a un délicieux goût de privilège.

Rendez-vous demain pour l’interview gourmande du chef Frédéric Vardon.

Le 39V. 39 avenue Georges V. 75008. 01 56 62 39 05. Métro Georges V. Ouvert du lundi au vendredi. Leur site ici. Formules déjeuner 39,50 € et 49,50 €. Menu dégustation 85 €.

M64, HÔTEL INTERCONTINENTAL

Lors de notre merveilleux et ensoleillé mois de mars, je suis allée tester le M64, restaurant de l’hôtel intercontinental avenue Marceau. Le soleil était encore un peu timide, je me suis donc installée à l’intérieur mais je retournerai tester ce joli patio aux beaux jours.

Le cadre du restaurant est très élégant : de gros fauteuils club en cuir entourent les tables, la moquette pourpre apporte de la chaleur et les cadres noir et blanc figurant des jazzmen donnent le ton : de nombreux concerts sont organisés ici. Au M64 on aime choyer les clientes et leurs précieux sacs à main. Pour preuve ces petits “coussins à sacs” aux pied des tables.

Je suis venue tester ce midi-là le “menu Patio”, un menu inspiré, chaque jour, des saveurs du marché. Mon oeuf mollet est parfait, son jaune s’évanouit dans l’émulsion au lard. La salade de crabe, avocats, sucrine se voit agrémentée de cazette (le meilleur de la noisette pour faire simple) ce qui me surprend car il est rare d’en voir dans les assiettes. Enfin, l’entrée de petits légumes juste poêlés est agréable avec cette mousse de chèvre.

Ci-dessus la lotte (ni trop ferme, ni trop salée) est présentée dans une nage vert anis presque fluo. Ma bavette d’aloyau est parfaitement saisie, le coeur est saignant. Le caviar d’aubergines est doux mais je suis déçue par la cuisson des topinambours servis trop crus. Un al dente non maîtrisé ? Dommage car leur bon goût fumé est une réussite.

Romain Marzet revisite le macaron en dessert et le prive de son chapeau. La framboise et l’amande se mêlent à merveille.

Ce qui me convainc le plus est cette petite tarte au citron. L’appareil bien acide est emprisonné dans une pâte sablée très ferme qui s’effrite à peine. Et la meringue vient juste apporter le sucré nécessaire.

Exemple de menu proposé par le chef : foie gras aux épices à la rose, caramel au vinaigre de riz puis saint-jacques aux lentilles vertes du Puy et enfin feuilleté framboises en dessert. Menu Patio à 41 € et 49 €.

M64. 64 avenue Marceau. 75008. Tél : 01 44 43 36 50. Métro : Charles-de-Gaulle. Ouvert tous les jours. Menus 41 € et 49 €. Leur site.

LA CANTINE DU TROQUET, GROSSE DÉCEPTION

Après son premier restaurant le Troquet à Sèvres-Lecourbe, Christian Etchebest a ouvert deux cantines, une boulevard de Grenelle, une rue de l’Ouest. C’est cette dernière que je suis allée tester en compagnie de Marine il y a quelques semaines.

La Cantine du Troquet c’est une table d’hôtes, comprenez de grandes tablées où l’on ne connaît pas forcément son voisin (si vous aimez l’intimité passez votre chemin). La carte est affichée sur l’énorme ardoise au mur. Bonne idée sauf pour ceux (comme moi ce midi-là) qui sont en-dessous puisqu’elle est illisible. Il faut donc compter sur ses compagnons de tablée pour vous aider dans la lecture.

Chez Monsieur Etchebest, le Pays Basque est à l’honneur. Mais pas que… Soupe parmentière, terrine de boudin, fromage de tête, oeufs mayo, crevettes et couteaux à la plancha, ça part un peu dans tous les sens.

Marine choisit le caviar d’aubergines (très fin, gourmand) pendant que je commande l’entrée “betteraves/boudin/parmesan” énoncée façon “slash” pour suivre la tendance du moment.

Mon entrée est parfaite : le boudin est fondant, le sucre de la betterave tranche avec le sel des câpres et le parmesan se fait discret. C’est une réussite. Malheureusement, le reste va beaucoup moins me convaincre…

Alors que Marine tente l’espadon bizarrement servi avec des frites bien trop salées et à peine cuites, je découvre mes xixtora (saucisses basques au piment) échouées dans une purée noyée sous la sauce. La présentation n’est vraiment pas flatteuse. Les petites saucisses sont bonnes, certes, mais la purée est fade, sans aucun intérêt. Aurais-je fait un mauvais choix de plat ? J’ai pourtant goûté une des spécialités de la maison.

Nous passons sans grande conviction au dessert : le fameux gâteau basque. Ayant passé 5 étés de suite dans le Pays Basque étant petite, je me souviens de mes orgies de ce gâteau aux deux couches et ultra fondant. Là encore énorme déception, le gâteau est sec, on peine à y enfoncer la cuillère. La confiture emprisonnée n’a aucun goût et le caramel pervertit le tout.

Verdict : l’entrée était fabuleuse, le reste décevant. Je crois que j’apprécie moyennement le style tables d’hôtes, pour peu que l’on tombe sur des voisins qui n’ont pour seule occupation de se passionner pour les converstions des autres. Le service était rapide certes mais expéditif, voire désagréable en début de repas. Je n’y retournerai pas…

La Cantine du Troquet. 101 rue de l’Ouest (14eme) et 53 boulevard de Grenelle (15eme). Pas de réservation. Installation à table quand les convives sont au complet. Ouvert tous les jours. Menu 30 €.

TERROIR PARISIEN, PAR YANNICK ALLÉNO

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Pour lire ma chronique, c’est par ici.

Terroir Parisien. 20 rue Saint-Victor. 75005. Tél : 01 44 31 54 54. Ouvert tous les jours. Métro : Maubert-Mutualité/Cardinal Lemoine. A la carte environ 40 €. Bientôt un brunch le dimanche et une grande terrasse calme.

LE COSTAUD DES BATIGNOLLES

Magali et son costaud vous accueillent dans leur tout nouveau restaurant depuis quelques mois. Atypique, décalé, peu importe l’adjectif utilisé, le lieu change des restaurants habituels. Monsieur expose les artistes et fait le chef d’orchestre dans la salle pendant que Madame s’exprime en cuisine, c’est elle qui fait tout.

Pourquoi ce nom ? En référence à un film des années 1950 avec Pierre Mondy (un chef d’oeuvre donc), au léger embonpoint du patron et au gros chien très pépère qui ronfle dans son panier.

Il est 20h, c’est déjà plein. Quelques habitués passent une tête et demandent s’il reste par hasard des tables inoccupées, hélas non. Le mot d’ordre ici : on réserve !

Une mise en bouche arrive pendant qu’on étudie le décor : crevette marinée à la coriandre et guacamole de petits pois. Léger, rafraîchissant, original, ça commence bien !

La carte change très souvent. Nous découvrons ce soir-là un velouté de courgettes et sa Chantilly au bleu, des queues d’écrevisses poêlées, un œuf poché au fumet de poisson et des nems de lapin.

L’œuf poché laisse son jaune se répandre dans la petite cocotte, le fumet de poisson est présent, fameux et le soupçon de Cognac parfume le tout discrètement. Les nems de lapin nous ravissent tout autant, ils sont accompagnés d’une vinaigrette à la coriandre qui casse le côté sec du bestiau. Nous goûtons aussi de toutes petites queues d’écrevisses (un peu trop fermes) sur leur salade de mâche assaisonnée aux fruits de la passion.

Tournons-nous côté mer pour la suite : saumon poché et saint-jacques juste poêlées. Le saumon repose sur un lit de lentilles vertes au Porto, il a la bonne idée de se présenter accompagné de lard, le plat est réussi, le saumon s’émiette facilement. Les saint-jacques sont parfaitement saisies. Gros coup de cœur pour la réduction de balsamique au soja parfumé à la truffe. Seule la purée nous déçoit un peu, comme si les autres ingrédients du plat faisaient le spectacle à eux seuls. Amateurs de colombo ? Goûtez celui au cochon, très parfumé à la coriandre et au curry.

La carte des vins démarre à petits prix mais promet tout de même quelques belles surprises comme ce Chasse-Spleen, un Moulis 2008, parfait en tous points.

Les desserts ? C’est Magali aussi. Gâteau tout choco, mousse au citron vert et crème brûlée à la pistache. Nous commandons les deux dernières propositions et laissons de côté le demi-camembert au lait cru et le saint-marcellin affiné. L’acidité de la mousse aérienne fait du bien en fin de repas. Nos faveurs vont toutefois à la crème brûlée qui laisse découvrir sa belle couleur verte sous le craquant du sucre. Mais le dessert le plus gourmand de la carte est le fameux éclair au caramel au beurre salé, qui est en passe de devenir le dessert emblématique de la maison !

Le Costaud c’est la surprise de la rue Brochant. Le patron virevolte et met l’ambiance entre les tables dans une bonne humeur non surjouée et Magali régale ses clients de bons produits frais : un duo de choc !

Le Costaud des Batignolles. 10 rue Brochant. 75017. Tél : 06 82 82 89 82 . Ouvert le soir du mardi au samedi . Métro Brochant. Formule midi 23,50 €. A la carte comptez 30 €.

LE COMPTOIR DE BRICE

Encore un candidat Top Chef ? Oui mais c’est à cause de Violette et de son article très bien écrit sur le burger de Brice Morvent (promo 2010). Paraît-il le meilleur burger du moment. Allons vérifier.

Brice a choisi d’ouvrir son restaurant à l’intérieur du marché couvert Saint-Martin, endroit où il a toujours acheté ses produits et puisé son inspiration.

Comme le nom du restaurant l’indique, c’est un comptoir. On est invités à s’asseoir sur les hauts tabourets comme si on arrivait chez un ami pour l’apéritif, occupé à finir de préparer le dîner dans sa cuisine américaine. Des petits crochets ont été pensés pour les sacs, bonne idée ! A droite du comptoir, une petite salle de 10 couverts et derrière nous, de grandes tables entourées de bancs.

On s’installe donc au comptoir, on papote avec Brice, qui semble ravi de constater que le bouche à oreille commence à fonctionner. La compotée d’oignons est prête, les petits buns maison finissent de lever dans le four. Eh oui la grande spécialité de Brice est le burger. Burger qui était au départ prévu uniquement le dimanche, mis depuis à la carte en semaine devant l’insistance (et les menaces) de certains :-) .

Nems de crevettes, makis de poulet, ratatouille niçoise non non non, nous on veut le burger. A peine la commande prise, Brice s’empresse de faire fondre un beau morceau de comté sur 2 petits steaks. Les buns sont tout chauds, un peu de compotée d’oignons maison, un peu de sauce magique (savora, câpres, ciboulette, persil, pickels), un gobelet de frites, un peu de mesclun et les assiettes sont déjà prêtes.

Brice renouvelle un peu le genre des burgers en les présentant par 2. Excellente idée. Non seulement ils sont plus faciles à tenir, à déguster, mais en plus rien ne tombe du bun, tout reste bien emprisonné. Le petit pain fond dans la bouche, les graines de courge à son sommet le parfument légèrement. L’épaisse tranche de comté a presque imbibé le steak préparé saignant. La sauce apporte une touche d’acidité, la compotée du sucre. Son burger est parfait ! Meilleur que celui de chez Blend en tout cas.

Les frites ? Épaisses, coupées au couteau, croustillantes à l’extérieur, fondantes à l’intérieur. Et j’aime cette couleur brune très gourmande.

Ces deux petits burgers ne paient pas de mine mais ils sont costauds. J’ai commandé un dessert pour les besoins du blog (dur métier) mais la formule burger/frites/salade est amplement suffisante pour un déjeuner.

Le petit sablé sent bon le beurre. Il est ferme mais tendre, et la petite rigole chocolat-noisette est un vrai régal, j’ai triché et je l’ai dégusté à la petite cuillère. Le salé du beurre, le sucré du chocolat et le croquant des grosses noisettes en font un dessert ultra gourmand.

Nous sommes un peu moins convaincus par la gaufrette qui s’effrite et l’amarena au goût très prononcé, mais j’observe avec admiration la préparation d’une crème fouettée minute par Brice.

C’est très agréable d’être accoudé au comptoir, de les voir travailler en équipe, on assiste à un ballet où chacun a sa place. Les produits viennent du marché, la cuisine de Brice est inventive et savoureuse, le service est attentif et je ne sais pas si c’est le burger ou les couleurs provençales du restaurant mais tout le monde avait le sourire. On s’y sent bien chez toi Brice.

Le Comptoir de Brice. 33 rue du Château d’Eau, 20 rue Bouchardon, dans le marché couvert Saint-Martin. 75010. Tél : 07.87.36.77.38. Pas de réservation. Fermé dimanche soir et lundi. Brunch le dimanche et ateliers de cuisine.

L’ATELIER DE JACQUES

C’est une petite adresse cachée. Dans ce coin du 19eme où les rues sont bordées de jolies maisons de ville, les chanceuses étant pourvues d’un petit jardin, se cache l’Atelier de Jacques depuis quelques mois.

Un piano arbore fièrement de belles chandelles, les poutres au plafond apportent de la chaleur, et pour le côté chic : les tables sont élégamment nappées de blanc. Pour casser ce classicisme, on compte sur le carrelage en damier au sol.

En cuisine, Jacques Liu, est passé par les cuisines des plus grands chefs étoilés avant de se lancer en solo. Son second est italien. A eux deux ils ont pensé une carte franco-italienne mais attention pas de vulgarisation, les deux hommes travaillent ensemble et essaient de fusionner le meilleur de ces deux gastronomies.

Nous découvrons en entrée des courgettes marinées au citron, écailles de parmesan, la terrine maison aux noisettes, le millefeuille d’aubergines à la sorrentina, des antipasti, un tartare de saumon et une déclinaison autour du foie gras. Le directeur me vante les mérites de la terrine que je m’empresse de commander pendant que mon invité opte pour le tartare de saumon.

Tout rond, le tartare est bien frais, de petits bouts de concombre le garnissent, une délicieuse entrée légère même si on aurait aimé sentir un peu plus le wasabi. Son intervention est trop discrète.

La terrine de campagne est parfaite : pleine de saveurs, elle se tient à la découpe et les grosses noisettes lui apportent du croquant.

Entrées de 4 € à 16 €.

Je suis restée en France pour l’entrée, je m’envole en Italie pour la suite et je commande les pasta du jour : des fagotini au jambon. Qu’ils sont mignons ces petits fagots, de petites bourses toutes rondes, et bien garnies. Si l’intitulé du plat « au jambon » pouvait paraître simple il n’en est rien. La sauce est parfumée au safran et se teinte d’une belle couleur jaune/orange, des petits bouts de lardons grillés donnent de la matière et j’apprécie le subtil goût du romarin, déposé en petites touches. Les chefs sont généreux, je dois me faire aider pour venir à bout de mon assiette.

Christophe enchaîne sur un magret de canard servi avec des fruits et légumes d’hiver. La cuisson a été respectée, il désirait sa viande « entre rosée et à point », le jus à la betterave et au miel est une bonne idée. L’association du sucré fonctionne toujours avec le canard.

Plats de 12 € à 25 €.

Le directeur, qui est aussi sommelier, n’aura aucun mal à vous conseiller les vins. Côtes de Gascogne, Riesling, Saumur, Pinot noir, les bouteilles vont de 20 € à 70 €. Nous tentons un Graves 2000, Château d’Ardennes, parfait avec la terrine ou le magret.

Les desserts, comme tout le reste d’aillers (pas de congélateur ici !), sont faits maison. Crème brûlée à la lavande, titamisu, marquise au chocolat, blanc-manger au coulis d’agrumes… Comptez de 6 € à 9 € pour les desserts.

Nous tentons un « tout chocolat », moelleux pour moi, marquise en face. Le moelleux a été fait minute, son cœur coulant se répand très vite dans l’assiette. Son goût est divin mais il aurait mérité une minute ou 2 de cuisson supplémentaires. J’apprécie que le coulis ne le recouvre pas.

Comme la recette de la marquise l’exige, c’est un gâteau sans cuisson, ce qui surprend au départ Christophe, qui trouve son dessert très dense et fort en cacao. Mais quand 4 minutes après je vois l’assiette vide, j’en déduis que cela lui a plu.

Une belle découverte que ce restaurant caché. La cerise sur le gâteau arrive après le dessert quand le directeur nous annonce l’ouverture prochaine d’une grande terrasse de 30 couverts. Mais où ? Sur le toit ! Ambiance campagne à Paris avec petites loupiotes, énorme parasol et pelouse au sol ! Ouverture aux premiers rayons de soleil. Les places vont être chères, n’hésitez pas à réserver si vous voulez manger les pieds dans l’herbe.

L’Atelier de Jacques. 9 rue du Tunnel. 75019. Tél : 06 77 96 33 81. Métro : Place des Fêtes, Botzaris. Fermé samedi midi, dimanche et lundi. Formule déjeuner 12 €.

CHEZ GABRIELLE

Chez Gabrielle c’est une institution début XXe siècle. 1908 exactement. C’est une histoire de gastronomie bien sûr, mais aussi de transmission. La tradition veut que le couple de propriétaires partant à la retraite vende à un nouveau couple plus jeune à l’état d’esprit le plus proche du leur, et ainsi de suite…

C’est le couple Lesouef qui, depuis 2000, a hérité du bébé. Nathalie est en salle, son mari, autodidacte au départ puis “sacré” Maître Restaurateur, est aux fourneaux.

Le bon goût de Nathalie s’exprime dans la salle, c’est élégant et contemporain. Jolies lampes qui tamisent la lumière, du bois, de la belle vaisselle, du beige/crème aux murs.

Philippe travaille uniquement du produit frais, de saison, qu’il conjugue à une cuisine traditionnelle française, point d’orgue de la maison.

Velouté de morilles crème fouettée au lard, millefeuille de légumes provençaux, salade de saint-jacques rémoulade de pomme et céleri et escalopine de foie gras poêlée au Gaillac. C’est sans hésiter que je choisis le foie gras : juste saisi, il est fondant à coeur, le Gaillac a bien imbibé le pain d’épices, les saveurs explosent en bouche. La rémoulade revisitée avec les saint-jacques est originale et légère.

La maison est connue, paraît-il, pour ses rognons. C’est commandé. Le chef a eu l’intelligence de les présenter séparés (un rognon entier n’est vraiment pas appétissant), la cuisson est parfaite, ils sont braisés à l’Armagnac. Le gratin dauphinois l’accompagne dans sa petite cassolette. Un vrai gratin ! Avec les bords frottés à l’ail comme il se doit. Le chef aime travailler le vin et l’alcool dans ses propositions, les saint-jacques du plat principal sont ainsi flambées au Noilly Prat, un régal !

Autres propositions du moment fort alléchantes : caille rôtie aux raisins, filet de boeuf à la crème et au parmesan, filet de bar et son coulis de fruits de la passion, filet de rouget à la crème de romarin…

Pas de vulgaires crème brûlée/mousse au chocolat/tiramisu ici mais des desserts inventifs et travaillés. Ci-dessous un croustillant de framboises, mousse de basilic et coulis de fruits rouges. Un croustillant dont l’intérieur ne s’effondre pas quand on le casse, chapeau ! La mousse est aérienne, le basilic très présent. Une belle idée de dessert, à moins que vous ne lui préfériez la pêche rôtie au Cognac ou le millefeuille de pain d’épices toasté glace à la réglisse…

Chez Gabrielle on renoue avec le vrai plaisir de la gastronomie française traditionnelle, et ce, à deux pas de l’Arc de Triomphe. Tout à fait le genre d’établissement que l’on aimerait suggérer à des amis étrangers de passage à Paris.

Chez Gabrielle. 7 rue de l’Étoile. 75017. Tél : 01 43 80 23 01. Métro Ternes. Ouvert tous les jours sauf samedi midi et dimanche. Menus 26 €, 31 € et 39 €.

LE GALOPIN

Vous le reconnaissez à droite ? C’est Romain Tischenko, gagnant du concours Top Chef 2010. Romain a maintenant son propre restaurant, le Galopin, situé sur une jolie place du 10eme arrondissement.

Une salle, un bar, une cuisine ouverte, quelques tables en bois qui peuvent accueillir 25 couverts, pas plus. La déco est sobre, voire inexistante. Ici on se concentre sur l’assiette. Et pour être concentré il l’est Romain ! Pas le temps de papoter avec les clients, le jeune chef est complètement absorbé par ses recettes et par le dressage de ses assiettes. Ce sont de vrais tableaux qui sortent de sa cuisine, pas une assiette ne se ressemble, on a un peu l’impression d’être unique.

La carte écrite à la main, façon écolier modèle, nous annonce les principaux ingrédients. On ne sait pas comment ils seront cuisinés, il faut faire confiance au chef. De retour du marché, Romain aligne ses produits et commence à créer.

Mon complice de déjeuner découvre des Parisiens (des champignons de Paris), légèrement colorés de rose grâce à l’intervention de la betterave. La poitrine de porc et l’oeuf ont été mixés dans une sauce au goût très puissant, presque fumée.

Ma barbue à la chair nacrée se cache sous un nuancier de vert : jeunes pousses, pomme, oignons. C’est fin, délicat, les pommes semblent jouer au Mikado et tenir comme par magie sur le poisson. La carte nous annonçait de la fumée, elle est là, et prend la forme d’un nuage. Je ne saurai absolument pas dire quel goût elle avait, c’était juste aérien. A peine en bouche elle se dissipe, comme si on avait rêvé.

Marc enchaîne sur la variation “veau, carottes, piment“. La chair bien rosée du veau s’accorde avec les jeunes carottes et les betteraves caramélisées. Le piment vient tout juste ponctuer le plat sans l’assassiner.

Le gros coup de coeur de ce déjeuner va sans conteste à la daurade, accompagnée de choux et de citron. Les feuilles de choux attendent au fond de l’assiette, elles sont superposées façon millefeuille, les bords sont cuits, le milieu est croquant. Je découvre des petits crosnes (plante-racine qui ressemble à une petite limace) et mes héliantis (proche du topinambour) ont presque un goût de noisette.

Le citron est proposé en réduction, juste une petite pastille suffit (en bas à droite sur la photo) tellement est elle concentrée. Et les kumquats apportent la couleur. C’est parfait.

“Noisette, citron”, voilà l’intitulé du dessert qui arrive complètement déstructuré : éclats de caramel, biscuits et crème au beurre parfumée à la noisette. On a tout : le moelleux, le fondant, le croquant, de la douceur mais aussi de l’acidité. Voilà le talent de Romain : mélanger, jouer avec les produits. Et à le regarder oeuvrer, on a vraiment l’impression qu’il s’amuse.

Les formules sont proposées à 19 €, 21 € et 24 €, belle prouesse !

Le Galopin. 34 rue Sainte-Marthe. Tél : 01 42 06 05 03. Ouvert tous les jours sauf dimanche et lundi. Métro Belleville.