LA COMPAGNIE DE BRETAGNE


Un drapeau breton flotte au loin dans cette jolie rue du 6eme arrondissement, une façade noire interpelle les passants, tout le monde jette un œil. C’est vrai qu’on la voit de loin cette façade, l’équipe de la Compagnie de Bretagne a vu les choses en grand.

Sise dans une ancienne maison de ville, la crêperie gastronomique jouit d’un décor exceptionnel. On le doit à Pierre-Yves Rochon (architecte d’intérieur ayant déjà officié pour l’Hôtel Georges V et l’Atelier de Joël Robuchon). Oubliez tous les décors très authentiques de crêperies que vous avez pu découvrir précédemment. Ici les codes changent. 2 couleurs : noir et blanc, celles du drapeau breton. On les retrouve sur les murs, les tables, les chaises, les assiettes, la déco, le tout est d’une rare élégance.

Commençons la visite avant de passer à table. La première salle, au rez-de-chaussée, est animée par la cuisine ouverte dans laquelle on voit les chefs et crêpiers donner vie à la pâte. Allons voir la cave. Vous pénétrez maintenant dans les entrailles de Paris : nous sommes au 13eme siècle, dans la cave appartenant à l’Abbaye des Cordeliers, toute proche. Quelques tables et une magnifique cidrothèque. L’or breton est jalousement conservé ici, à 12°. Les pépites des 5 départements bretons historiques attendent fébrilement d’être élues. Point de vulgaire cidre ici, tous les breuvages ont été goûtés et choisis, on note même quelques références de poirés.

Remontons au 21eme siècle, et au premier étage. Une magnifique verrière baigne la salle de lumière et donne sur un espace de verdure du Cloître des Cordeliers, juste derrière. Ici encore, des hermines, du noir et blanc. Point de bois, de lit-clos et d’assiettes finistériennes aux murs, non, la Bretagne se dévoile sur les tableaux, dans la vaisselle. Mon assiette semble me faire un clin d’œil, c’est le fort Lalatte qui y est dessiné. Mon ami, lui, est sur les remparts de la cité malouine.

Heureux de découvrir tant de raffinement, nous nous attablons pour parcourir la carte. Toutes les suggestions ont été traduites en breton. Je me demande s’il existe à Paris des vrais « bretonnants » qui parlent encore leur langue régionale ? Passons.

Les galettes : 5 classiques, 5 saisonnières. Pas un choix énorme donc. Dans les classiques : au beurre salé, au beurre d’algues du Jardin Marin, à la tome de Bretagne de Marie Dubois, la fameuse complète, à la saucisse et enfin aux filets de maquereaux. Les saisonnières proposent des associations un peu plus recherchées : tomates concassées crues et chutney, seules ou avec œuf poché, cœur d’artichaut et poivrons, sardines grillées ou langoustines au fenouil. La carte a bénéficié des conseils bienveillants d’un certain Olivier Roellinger, grand chef breton.

Plusieurs galettes me tentent et cela tombe bien puisqu’elles sont proposées en deux formats : petite et grande. Ce sera donc deux petites pour moi s’il vous plaît mademoiselle. D’abord une à la tome : la galette est juste posée dans l’assiette, la tome fondue débordant généreusement ; puis une aux tomates et œuf poché. Les tomates ont un petit goût sucré, c’est assez déroutant, moi qui suis habituée aux recettes très traditionnelles de mes aïeux.

Mon invité opte pour la complète. La Bretagne est revisitée ici, la complète aussi. Le jambon (qui vient de chez Lepage) est roulé et proposé à côté de la galette. Pourquoi pas. Sa deuxième petite galette est à la saucisse. Rien de plus dans l’assiette : une galette ouverte et une saucisse. Nous aurions peut-être apprécié un peu de moutarde ou une petite tombée d’oignons ? Mais au moins là, le goût exquis (et je pèse mes mots) de la galette est mis en valeur.

Petites galettes de 3 € à 11 €, grandes de 4 € à 13 €.

Des bulles arrivent. Du Champagne ? Non, mais presque. C’est le fameux cidre Guillevic Label Rouge. A goûter absolument ! Très sucré, on ne sent que la pomme et quelques bulles très fines. De plus, sa couleur or est très gourmande. Cidres et poirés de 12 € à 27 €.

Ah les crêpes, enfin ! Mon invité néglige celle au caramel au beurre salé, ce qui me réjouit. Pâte fine au bon goût de beurre, elle est garnie d’un doux caramel épais, bien salé. En face de moi, on opte pour le pannequet (crêpe repliée sur elle-même, comme un petit paquet) garni de fraises, de framboises et d’une mousse à l’orange. Les fruits sont là en quantité, aucune fausse note. On en apprécierait presque une deuxième. Crêpes de 4 € à 11 €.

Beaucoup d’élégance à la Compagnie de Bretagne. Côté cuisine et service, on note encore un certain rôdage. L’établissement vient en effet d’ouvrir ses portes et n’a pas encore trouvé de second à la hauteur des mets proposés.

Cette crêperie gastronomique rend un bel hommage à la Bretagne. On leur souhaite de trouver rapidement leur vitesse de croisière afin de la voir monter sur le podium des 3 meilleures crêperies de Paris. Il y a du potentiel, foi de Bretonne !

La Compagnie de Bretagne. 9 rue de l’Ecole de Médecine. 75006. 01 43 29 39 00. Leur site ici. Ouvert tous les jours sauf dimanche.

RAS LA TOQUE DU DEBAT SUR LE HOMARD


Ça devait arriver ! Ça polémique à la veille des fêtes !

Ceux qui en pincent pour le homard au réveillon risquent d’être déçus. Voilà que les grands chefs n’arrivent pas à se mettre d’accord pour nous conseiller. Certains vont même jusqu’à dénoncer cet engouement pour le homard en hiver.

« Il s’incruste assez ! » a-t-on même entendu…

Le z’homard à Noël, une hérézie, qu’ils dizent.

Et d’un. C’est en juin et en juillet qu’il est le meilleur. Indéniable.

Et de deux. C’est un produit spéculatif dont le cours s’envole en fin d’année. Confirmé : de 29 € le kilo, l’été, à 60 € le kilo, fin décembre, pour un homard breton !

Et de trois. Avant d’arriver sur votre table, c’est qu’il en a dégusté ! Deux mois passés en vivier, dans une eau trop salée. Entassé avec d’autres cannibales qui ne pensent qu’à se bouffer entre eux. Que du stress ! Résultat : ses antennes, au lieu d’être longues et fines sont toutes « boulottées ». Plus un séjour en frigo… Pas étonnant que sa chair soit cotonneuse et sans goût.

Tout ça pour finir tranché, encore vivant, par une main inexperte, avant de passer sous le gril… Olivier Roellinger, un vrai chef breton, trouve d’ailleurs que c’est une imbécillité. Il préfère le pocher dans l’eau bouillante, le « cardinaliser », avant toute préparation.

Quant au débat : homard breton ou canadien ? Notre choix est déjà fait, à vous de comparer !

Signé : Petitgrognon.

RAS LA TOQUE DES PLATS RAPLAPLA 2


Souvenez-vous du premier épisode où Petitgrognon critiquait les plats sans épices. Aujourd’hui c’est au tour du poivre. Quel râleur…

Sans tomber dans l’exotisme à tout prix, nos plats traditionnels méritent parfois un bon petit coup de fouet.

Faisons simple : le poivre, ou plutôt les poivres.

Bien sûr, on préfèrera, pour l’arôme, le poivre en grains prêt à moudre, au poivre classique en poudre.

Mais lequel choisir ? Ca dépend des plats préparés.

Pour éviter les petits « picots » noirs du poivre classique, dans un beurre blanc ou sur des volailles : le poivre blanc en rehaussera le goût avec douceur.

Et le poivre noir ? Plus corsé. Pour Olivier Roellinger (*), le meilleur c’est le Malabar MG1, originaire d’Inde. Ancêtre de tous les poivres, grande finesse, boisé, fruité, long en bouche.

Ras la toque du noir et blanc ? Bien sûr, il y a le classique gris. Mais aussi, d’autres couleurs.

Le poivre vert, de préférence frais ou conservé dans une saumure, est idéal pour les sauces accompagnant le steak du même nom. Egalement sur des poissons : après l’avoir fait mariner toute une nuit dans du vin blanc, on l’ajoute à une sauce crème.

Très décoratives, les baies roses sont peu piquantes et légèrement sucrées, voire anisées. Elles vont réveiller un carpaccio, ou parfumer, avec bonheur, un foie gras poêlé ou des noix de Saint-Jacques. Et pourquoi pas sur une salade de fruits ?

Malgré leur goût poivré, ce n’est pas du poivre. C’est le fruit d’un arbre qui pousse en Amérique du Sud et à la Réunion. D’où leur surnom d’« or rose de la Réunion » ou de « faux poivre rose ».

…Tiens, faudra que je parle de tout ça Poivre d’Arvor. 

Signé : PetitGrognon 

 (*) Chef cuisinier breton à Cancale, créateur de poudres d’épices, son site : www.epices-roellinger.com